Aujourd'hui, l'école de maquilleurs perruquiers plasticiens de Lyon tient à mettre en avant l'un de ses intervenants réguliers : Fred Bouffet, maquilleur studio professionnel.


Atelier du Griffon : Bonjour Fred. Vous êtes l’un des intervenants réguliers de l’Atelier du Griffon. Pouvez-vous résumer votre parcours à nos lecteurs ?

Fred Bouffet : J’ai toujours été passionné par le maquillage, mais je viens d’une famille où cette passion n’était pas perçue comme un vrai métier. Doué pour le marketing et les langues, Je me suis donc  par « facilité » dirigé vers des études de commerce international et de langues étrangères appliquées. Plus tard, jeune diplômé, je me suis de nouveau interrogé sur mon avenir professionnel et me suis alors posé la bonne question, la seule « vraie » question : quel  métier allait me passionner au point que j’ai envie de l’exercer chaque matin de ma vie, avec le sourire ? C’est ainsi que le choix de la beauté s‘est imposé.

N’étant ni diplômé, ni expérimenté dans le milieu, j’ai donc commencé ma carrière comme maquilleur-conseil chez Séphora à Lyon Part-Dieu, où j’ai beaucoup appris  en termes de métier et de rigueur. J’étais en contact avec de nombreux interlocuteurs de marques dont la directrice régionale d’Estée Lauder avec qui je m’entendais très bien (notamment parce que je dépassais régulièrement les objectifs de vente sur sa marque !).

FRED BOUFFET

Je dis souvent à mes élèves que dans la construction d’une carrière, chaque étape a sa raison d’être et est liée avec la suivante. D’où l’importance d’être en permanence irréprochable dans ce que l’on fait. C’est un point sur lequel j’insiste, car comme vous allez le voir, j’en ai fait l’expérience à titre personnel à ce moment là notamment. Un jour, alors que je travaillais  comme à l’accoutumée, j’ai vu que quelqu’un était en train de m’observer. Il s’agissait du futur directeur de la boutique M.A .C, marque appartenant au groupe Estée Lauder (voici donc  la connexion sus-évoqué entre ces deux périodes !) : il cherchait un garçon maquilleur pour participer à l’aventure, expérimentale à l’époque, de l’ouverture de  leur première boutique en province, à Lyon, en 1999. La fameuse directrice régionale sus-citée lui avait donc parlé de moi, et en bien ! Il m’a alors proposé d’intégrer cette prestigieuse équipe et de relever le challenge. J’ai accepté et j’ai continué à évoluer au sein de l’enseigne jusqu’en 2002, année au cours de laquelle la direction m’a proposé plusieurs directions de boutiques. J’ai alors fait le choix audacieux de refuser cette proposition, car je me suis dit qu’il était temps pour moi de suivre mon rêve, à savoir travailler pour les plus grands magazines de mode, avec les plus beaux mannequins du monde !

Atelier du Griffon : La transition n’a pas été trop dure ?

F.B. : Si, car à l’époque les grilles tarifaires n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, j’avais un bon salaire dans cette société et je repartais à zéro ! Ce qui est très étrange dans ce métier, c’est qu’il est très difficile d’en vivre lorsqu’on débute, alors qu’une fois que la réputation est installée, on peut avoir une situation très confortable. D’ailleurs, c’est souvent à ce moment-là, dans les débuts, que le tri se fait parmi ceux qui arrivent à supporter  -entre guillemets- l’insupportable (le manque d’argent, les refus, l’attente…) et ceux qui craquent en chemin. Pour moi, c’était plus « facile » car c’était une sorte de non-choix, un impératif : l’acte de maquiller est vital pour moi. Je savais que je voulais poursuivre et réussir malgré toutes ces contraintes. Aujourd’hui, je ne regrette en rien ce choix car à force de travail, de rencontres et de prospections, mon nom a commencé à circuler, les premiers contrats à tomber, et c’était le début de la réalisation de mon rêve.

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Comment les événements se sont-ils enchaînés pour vous ?

F.B. : Je dis souvent à mes élèves que le secret de la réussite existe et qu’il tient en trois lettres : TTC. Ce qui signifie (dans l’ordre) :  Travail, Talent et Chance. Je tiens à leur expliquer que la Chance n’arrive jamais seule, qu’il ne faut pas compter sur elle mais plutôt sur soi, et qu’elle est toujours la résultante d’un Travail que l’on a fourni. Le TRAVAIL, comme  valeur première pour réussir. Pendant un an, un an et demi, j’ai fait beaucoup de collaborations non rémunérées pour me faire connaître et développer mon réseau. Puis mon nom est arrivé chez une personne qui est aujourd’hui mon agent, et qui a été un pivot dans ma vie, une «  chance » donc  (mais étroitement  liée à l’énorme  travail de démarchage que j’avais fourni. Il n’y a pas de hasard. Sans MON travail en amont, il n’aurait jamais eu vent de mon existence). Il m’a appelé un jour pour un remplacement au pied levé et m’a dit «Si vous venez et que vous faites du bon travail, je ne vous oublierai  pas ». Il a tenu parole et me représente aujourd’hui à l’international. Par la suite, seul, et avec lui,  j’ai pu au fil de ma carrière accéder à un haut niveau de campagnes de très grosses marques à l’image de Chopard, Chanel, Cartier… et à de nombreux autres contrats dans l’industrie de la mode.

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Pouvez-vous me parler plus en détails de vos activités actuelles ?

F.B. : Aujourd’hui, fort de mon expérience et de mon parcours atypique, j’ai  un profil assez large et ai donc plusieurs  « casquettes » ! Je reste avant tout un maquilleur studio. Je travaille donc dans le monde de la publicité, de la beauté et de la mode, je voyage et maquille les mannequins pour des campagnes, des catalogues, des pubs télés, des magazines, etc...

De plus, j’enseigne  dans plusieurs établissements, étant à même du fait de mon profil, de répondre à divers besoins de formation. J’enseigne à mes élèves le maquillage beauté, mode et photo. Du fait de mes études commerciales et de mon expérience, j’interviens également auprès d’étudiants en masters sur un axe plus « business »,  en les formant  aux  « Techniques de vente de produits cosmétiques ». Enfin, du fait de mon parcours étudiant linguiste, je suis aussi trilingue et donne également des cours de maquillage en anglais (ce qui, à l’heure de l’internationalisation, me paraît être très important : dans ce secteur, le « maquilleur Français » est très prisé à l’étranger et s’exporte très bien ! Et au-delà de cela, la maîtrise de l’anglais est toujours un atout supplémentaire pour qui souhaite travailler dans l’industrie du show-business).

FRED BOUFFET


En parallèle, je m’occupe aussi de particulières pour les événements importants de leur vie comme leur mariage, ou pour leur apprendre à se maquiller, à mieux se connaître et à exploiter leur potentiel réel dont elles n’ont souvent pas conscience…

Je tiens par ailleurs à signaler ici que la cause du cancer me tient particulièrement à cœur. C’est pourquoi je serai toujours volontaire, dans la mesure de mes disponibilités, pour donner de mon temps et de mon savoir-faire pour cette cause. Je ferai toujours de mon mieux pour aider les personnes malades (je suis habitué à ce contact et expérimenté dans ce domaine), par exemple en les aidant à renouer avec leur image, ainsi que pour aider ceux qui les aident, d’une manière ou d’une autre. Pour cela, et pour tout autre motif professionnel, il est possible de me contacter au numéro suivant : 06 61 77 91 30.

Enfin, je suis aussi expert-consultant pour de grandes marques de cosmétiques. Pour expliquer cette fonction : par exemple, la marque me consulte et m’envoie les prototypes de leurs produits avant leur création et leur mise sur le marché, afin que je les teste avant leur sortie et que je leur fasse mon retour et mes appréciations sur ceux-ci pour validation ou amélioration. Je forme aussi les formateurs des marques aux nouvelles tendances du maquillage et à leurs nouveautés produits. Enfin, je représente également ces marques pour des évènements publics et fais le lien entre elle et la presse féminine et les rédactrices de mode  ou, phénomène  plus récent, les blogueuses beauté.

Atelier du Griffon : Quel emploi du temps !

F.B. : C’est parce que je suis passionné par ce que je fais ! Je me sens vivre quand je maquille et je suis heureux quand je travaille. Ceci dit, mon planning me demande en effet beaucoup d’organisation. Maquilleur free-lance est un métier artistique, certes, mais il faut avoir des compétences très diverses pour réussir. L’acte de maquillage en tant que tel représente peut-être 50% de mon emploi du temps. Il faut aussi savoir tenir une comptabilité, ajuster ses devis, savoir se vendre,  argumenter et développer des projets face à ses clients, entretenir les relations clients, gérer les impayés, son image, sa communication, son plan de carrière…On est une véritable entreprise et à ce titre, il faut vraiment avoir plusieurs cordes à son arc pour réussir.

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Quelles sont les qualités indispensables d’un bon maquilleur ?

F.B. : Il y en a beaucoup ! Celles que je viens de vous citer en font partie. Je pense aussi  à l’hyper ponctualité en premier lieu… Je dis souvent que pour un maquilleur, la norme n’est pas d’être à l’heure, mais en avance. Et pour cause : une journée de tournage ou de prises de vue coûte extrêmement cher. Le maquilleur étant  le premier « technicien » à intervenir sur une journée de ce type, pour préparer les mannequins ou comédiens à être shootés, il n’est donc même pas envisageable pour un maquilleur d’arriver en retard dans ce contexte-là. Il faut toujours tout anticiper, et donc être extrêmement professionnel et avoir un très haut degré d’exigence avec soi-même. En un mot, être ultra fiable et régulier, à tous points de vue.

Mais je crois qu’il  faut surtout de grandes qualités relationnelles. Lorsque l’on se lance sur le marché du travail, pour les clients et les équipes, votre talent (indispensable bien sûr) « va de soi », cela ne doit plus être une question. Ce qui fait la différence entre les uns et les autres, c’est donc la personnalité. Sur un shooting, on n’a ni le temps ni l’envie de gérer l’égo d’un maquilleur « diva ».  Il faut être toujours positif, sympa, facile et réactif : en gros lorsqu’il y a un problème, il faut aider à le solutionner et non l’alimenter. Il faut être agréable tout le temps, qu’on ait dormi 8 heures, ou 2 heures. Enfin, il faut une grande capacité d’absorption de travail, car dans ces métiers-passions, on apprend vite que  les journées de 20 heures existent ! (et, de fait, les nuits de 4 heures qui vont avec !). Et lorsqu’elles s’enchaînent, il faut savoir gérer et assurer le rythme.

Atelier du Griffon : Pourquoi avoir choisi d’enseigner à l’Atelier du Griffon ?

F.B. : J’ai rencontré Christine Colin alors que je travaillais encore chez MAC. C’est par la suite, quand je suis devenu free-lance,  que nos routes se sont recroisées et qu’elle m’a proposé d’intervenir ponctuellement au sein de son école. Comme cela s’est avéré concluant, on a réitéré l’expérience. Maintenant je suis intervenant régulier à l’Atelier.

J’adore transmettre à la jeunesse, cela me passionne.

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Que souhaitez-vous transmettre à vos élèves ?

F.B. : Tout ! Je suis souvent qualifié par mes élèves de professeur sévère, mais juste. J’ai besoin que les élèves soient concentrés pour qu’ils deviennent bons. Je souhaite leur transmettre la technique, la rigueur, la précision, ainsi que toutes les compétences liées au maquillage et au métier de maquilleur… En fait, je souhaite vraiment leur transmettre tout ce que je sais, et ils le « sentent ». Je me fais un devoir de tout leur donner. Je dis souvent qu’on ne trompe pas les étudiants : ils ne sont pas dupes. Ils sentent  la personne qu’ils ont en face d’eux et ses motivations profondes. Je suis toujours ouvert, même après plusieurs années, pour répondre à toutes leurs questions et les aider au maximum. Je ne suis pas du tout dans une logique de rétention d’information car je n’ai pas peur de la concurrence : sur le marché, il y a de la place pour tous les gens qui sont bons, passionnés, et travailleurs.

Atelier du Griffon : Qu’aimez-vous dans le fait d’enseigner ?

F.B. : Le fait d’enseigner donne du sens à mon savoir-faire, car je transmets aux maquilleurs de demain. Et puis, le contact avec ces jeunes me maintient « dans le coup » (rires) ! Et surtout, surtout, les retours qu’ils me font en fin d’année (et parfois encore longtemps après) sur ce que je leur ai apporté sont pour moi extrêmement, extrêmement gratifiants, et parfois même très émouvants. Je donne beaucoup, mais je reçois aussi beaucoup. Je vous l’ai dit : « on ne trompe pas les étudiants »…

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Quels sont les aspects que vous préférez dans votre métier ?

F.B. : La créativité permanente, faire chaque jour des choses différentes, sublimer les femmes, me réaliser à travers mon art, l’absence de monotonie, le relationnel… Je travaille souvent avec des mannequins internationales, ce qui me donne aussi l’occasion de pratiquer les langues étrangères, chose que j’adore. J’apprécie aussi à sa juste valeur le fait d’avoir par mon métier accès à des lieux ou à des produits ultra-confidentiels et exclusifs.

Atelier du Griffon : Quelles sont les expériences qui vous ont le plus marqué jusqu’à maintenant ?

F.B. : Elles sont toutes uniques ! Mais pour  vous répondre : je pense à un tournage pour la chaîne Arte, au sein de  la maison Cartier. Ce reportage racontait l’histoire des bijoux dits  « historiques » de la maison présentés sur un mannequin, c'est-à-dire les plus belles parures, portées par les reines les plus puissantes, les princesses les plus renommées et les stars les plus connues de ce monde, et confectionnés pour elles sur commande par la maison de joaillerie. Des pièces d’une beauté et d’une valeur tout simplement inestimables. Et sous mes yeux ! Ce jour-là j’ai eu le frisson et j’ai été complètement émerveillé par la vision et la proximité, si exclusive et rare, de ces pièces d’exception, que seuls les plus grands de ce monde ont eu le privilège d’approcher. Ce sont des expériences uniques, qui vous marquent et que l’on n’oublie pas.

Et puis au-delà de cela, c’est de chaque jour pouvoir me dire que j’ai réussi à réaliser mon rêve.

Pour l’anecdote, moins positif, c’est aussi d’avoir eu à travailler avec certaines célébrités qui (pas toutes heureusement) étaient détestables. L’une d’elle particulièrement, top model de renommée internationale, a été d’une abjection sans nom à mon égard. J’ai  « heureusement »,  si je puis dire, appris par la suite, que c’était de notoriété publique, que c’était son « mode de fonctionnement », qu’elle était comme cela avec tout le monde ! Aujourd’hui bien sûr, cela n’arriverait plus et je n’accepterais plus un tel comportement, de la part de qui que ce soit. J’étais jeune… (rires)

Mais cet épisode aussi m’a beaucoup appris, sur moi, sur le métier…Toute expérience, même mauvaise, est formatrice !

FRED BOUFFET


Atelier du Griffon : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

F.B : J’en ai beaucoup, et de nouveaux avec l’âge (rires) ! Avec la maturité viennent de nouvelles envies. Aujourd’hui, quand je me retourne sur ma carrière, je m’aperçois -sans aucune prétention, car cela me surprend moi-même !- que j’ai atteint et même dépassé mes objectifs les plus fous, dont je  n’aurais  même  pas osé  rêver  au début de ma carrière. Je suis très heureux de mon parcours, mais je ne tiens rien pour acquis et j’ai donc de nouveaux rêves ! Je souhaite développer l’enseignement et la formation, car comme je vous l’ai expliqué, cela me passionne et me nourrit. De plus, l’expérience se valorise toujours dans ce cadre là. Et puis (mais chuuut, c’est un secret !), un contrat d’exclusivité avec une marque de cosmétiques pour un poste d’ambassadeur, de représentation et/ou  de direction artistique serait pour moi un accomplissement. Tout en poursuivant mes activités en studio bien sûr ! Avec une marque jeune sur le marché des cosmétiques, c'est-à-dire une marque avec  laquelle tout resterait encore à faire en termes d’image... Ce serait là un véritable challenge, une aventure passionnante. J’ai  encore après 20 ans de carrière, toujours une soif inextinguible de challenges et de passion !

Toute l'équipe de l'Atelier du Griffon remercie Fred Bouffet pour son temps et son investissement au sein de l'école. Nous lui souhaitons une excellente continuation dans ses projets !

Retrouvez toutes les actualités et les réalisations de Fred Bouffet sur son site internet www.fredbouffet.com ainsi que sur sa page Facebook. Pour toute collaboration, il est possible de le joindre :

Par téléphone : 06 61 77 91 30
Par mail : fred_makeup@yahoo.com